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Le véto des races de tradition normande

14/11/2020
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Pour les journées du patrimoine, nous vous avions présenté les races de tradition française que nous aimons mettre à l'honneur chez Magalli pour la préservation de notre patrimoine vivant. Et à cette occasion, nous avions rencontré Jocelyn Marguerie, "le véto des races de tradition normande"... 

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Jocelyn Marguerie, président du collectif pour la Sauvegarde des Races Avicoles Normandes, je partage la passion des races patrimoniales de volailles de Normandie avec les adhérents du collectif en essayant d’y apporter ma patte technico-sanitaire étant moi-même vétérinaire avec une activité 100% dédiée à l’accompagnement des éleveurs et des filières de production de volailles. Je pense donc qu’il y a une parfaite complémentarité entre ces 2 activités, et depuis de nombreuses années maintenant, je partage mon temps entre mon métier et cette passion pour la volaille.

J’ai la présidence de ce collectif depuis 3 ans maintenant, mais je suis membre depuis 20 ans.

 

Quand et pourquoi a été créé le collectif pour la Sauvegarde des Races Avicoles Normandes ?

Cela fait plus de 30 ans que ce collectif a été créé, c’est une des plus grosses associations rassemblant une centaine d'éleveurs qu’on appelle des micro-conservateurs de races patrimoniales de volailles. Le CSRAN a la particularité de ne pas être un club dédié à une seule race mais un collectif qui essaie de fédérer tous les micro-conservateurs de l’ensemble des races patrimoniales Normandes. En effet, nous avons la chance d’avoir une région historiquement très riche en termes de races : 6 races de poules, 4 races de palmipèdes, et depuis peu 3 races de lapins.

Les missions du collectif sont les suivantes :

- Le recensement de tous les éleveurs / micro-conservateurs pour constituer un annuaire et favoriser les échanges.

- L'animation, la communication et l'organisation de plusieurs rassemblements annuels et de concours

- L'accompagnement technique pour guider les éleveurs dans une amélioration continue des bonnes pratiques d’élevage

Une petite exception du SRAN est que cette association va avoir une jumelle avec des missions distinctes :

- Le Collectif qui va continuer de s’occuper de ces démarches de valorisation des races 

- Le Club qui sera plus orienté vers la partie conservation et donc en collaboration avec les micro-conservateurs

Il faut dire aux gens que même sans objectif de faire des expositions ou des concours, il est possible d’adhérer aux clubs et associations de préservations des races patrimoniales qu’ils ont choisi d’accueillir chez eux car cela donne accès à des échanges avec des passionnés et connaisseurs et cela contribue à la dynamique de ces associations et ainsi aide à préserver ces races patrimoniales qui sont un bien commun à la population française.

 

Avez-vous des contacts avec d’autres collectifs en France pour la sauvegarde des races avicoles ?

Nous avons effectivement des contacts au travers de l’URLAF (l’Union des Races Locales Avicoles Françaises). Cela nous a permis de mettre en place tout un réseau d’échanges, notamment avec l’association pour la préservation de la Bresse qui est beaucoup plus en avance et qui est la seule en France avec une appellation d’origine protégée. Elle nous montre le chemin pour mettre en œuvre le développement de ces races et nous aide à nous professionnaliser.

Au niveau des micro-conservateurs et au travers de structures comme la FFV (fédération française des volailles) et avec la mobilisation des bénévoles, il y a des expositions, des concours où les gens peuvent venir admirer les animaux et se rendre compte de la qualité du travail fait par ces gens qui sont des passionnés.

 

Chaque région française a-t-elle sa race de poule ? Combien de races cela concerne-t-il ?

Il y a des différences historiques, des différences génétiques. Une des forces de ces races patrimoniales c’est la biodiversité domestique.

En France, il y a un peu plus de 35 races de poules, il y en a déjà 6 en Normandie + 4 rattachées. Il y a donc sur cette région une vraie particularité avec différents rameaux :

En Normandie, il y a le rameau particulier des races à crètes doubles : rameau néerlando-normand descendant du nord.

La Gournay, par exemple est très particulière avec son cailloutage et sa crète simple. Comme une étrangère au milieu des autres races normandes. Mais avec des sœurs et des cousines à différents endroits du bassin normand et du bassin méditerranéen qui ont suivi les déplacements des vikings : La Gournay est parfois considérée comme la poule viking qui est arrivée par la Seine.

 

 Qu’est-ce qui fait de la Gournay une race d’exception ? Avez-vous des anecdotes à partager sur les poules de tradition française ?

A l’origine, la poule Gournay était une poule Mixte qui avait la capacité de pondre mais aussi de donner des poulets de très bonne qualité.

Etant une poule mixte, on ne peut pas en attendre autant d’œufs que des souches modernes qui ont été sélectionnées pour cela, comme des spécialistes de la ponte. Cependant, elles peuvent pondre entre 150 et 180 œufs par an, en ponte saisonnière.

La poule Gournay est typique grâce à son plumage particulier. C’est une poule rustique mais qui sait se laisser apprivoiser. Livrée à elle-même, elle saura se débrouiller dans la nature, mais au contact de l’homme et avec un peu de temps passé avec elle à essayer de l’attirer notamment avec des friandises, elle se laissera domestiquer.

Nous avons fait beaucoup de recherches sur la poule Gournay et nous avons retrouvé des traces et établis des contacts avec d’autres personnes qui pourraient corroborer le fait que la poule Gournay soit arrivée dans les drakkars des vikings.

En effet, le cailloutage de la Gournay est vraiment très particulier : un cailloutage grossier (des plumes blanches, des plumes noires et des plumes noires et blanches ; avec des proportions différentes donnant une impression de damier noir et blanc) et cela a forcément des origines génétiques. Et pour conserver ce plumage là qui est associé à une marbrure des pattes particulière ; il y a forcément eu une préservation des gènes porteurs. On a ainsi retrouvé une cousine ou une ancêtre de la Gournay en Suède, et d’autres poules cailloutées en Sicile qui avec le nord de l’Italie a été un bastion Normand pendant de nombreuses années, et donc on imagine bien  que la poule a suivi l’immigration des Normands un peu partout. 

Les races patrimoniales Françaises ont la particularité de toutes pondre des œufs blancs. Celles qui ont été créées par brassage à la fin du 19e vont pondre des œufs plus ou moins colorés ou crème. Cet œuf blanc est donc pour nous un traceur important de l’ancienneté de ces races.

Pour la Gournay c’est certainement une poule présente et reconnue dès le début du 19e et probablement au 18e également. Les ouvrages des spécialistes de la sélection sont apparus vers le 19e, et dès les premiers ouvrages on parle de la Gournay et on en parle comme de la « Bresse Normande » connu sur son berceau d’origine.

 

Quelles sont les contraintes ou obligations en élevage par rapport à des races plus courantes ?

Pas de grandes spécificités, hormis maintenir de bonnes pratiques sanitaires pour préserver la santé des animaux mais aussi celle des hommes.

Les races patrimoniales anciennes ont gardé une bonne rusticité et ont la capacité d’aller explorer leur environnement pour y rechercher une partie de leur nourriture. Il faut donc privilégier pour ces races de poules un accès à un parcours extérieur qu’elles exploiteront avec plaisir.

Mais c’est aussi un animal domestique qui va chercher le contact.

Il y a une réelle relation homme – animal qui existe de mon point de vue et qui est possible avec la poule comme avec n’importe quel autre animal de compagnie comme un chien ou un chat, avec des attentes un peu différentes. La poule est en effet un animal très sociable.

Et je souhaite que les gens qui se dirige vers la poule comme animal de compagnie puisse y prendre le maximum de plaisir. De plus, si on peut – à travers des conseils techniques / vétérinaires – les orienter et les accompagner sur la bonne façon d’élever leur poule de compagnie, nous serons heureux de partager avec eux nos connaissances et notre expérience sur le terrain.

Ces nouveaux propriétaires seront les bienvenus au sein de notre collectif car cela fait partie de nos missions de leur apporter des conseils.

Ce sont des poules qui aiment profiter de l’espace, elles ont besoin d’aller gratter dans la terre, dans des haies. Elles aiment exploiter le terrain et aller chercher un maximum de nourriture ainsi.

Elles ont d'ailleurs une fonction nouvelle chez certains agriculteurs/éleveurs pour déparasiter les vergers. Elles vont ainsi aller chercher les insectes et permettent d’entretenir le jardin sans nuire à la biodiversité.

Envie d'une poule de tradition française ? Rendez-vous sur la page Magalli des races de tradition française.

 

Catégorie : Nos ambassadeurs